Cadre de SaniFOAM

Qu'est-ce qu'un cadre ?

Les cadres de changement de comportement sont le fondement de la science comportementale appliquée. Conçus par des spécialistes du comportement pour des décideurs politiques et des chefs d'entreprise, ces résumés des connaissances les plus récentes en matière de prise de décision sont essentiels pour l'application de la recherche dans les sphères publiques et privées. Les cadres distillent des stratégies visant à influencer les décisions humaines sous forme d'acronymes ou de moyens mnémotechniques simples et portables. On pourrait les considérer comme des clés secrètes qui nous permettent d'accéder à des idées complexes, ce qui permet aux connaissances théoriques sur la façon dont les gens pensent et agissent de faire leur chemin dans les pratiques des organisations de tous les secteurs et de tous les environnements. Pour en savoir plus sur la façon dont ces cadres fonctionnent dans la pratique, consultez nos études de cas.

SaniFOAM framework model

L'idée de base

Dans une grande partie du monde, nous tenons pour acquis notre accès à des installations sanitaires efficaces. Une salle de bain propre avec une plomberie adéquate est tellement banale qu'il peut être difficile de se rendre compte que ce n'est pas le cas partout dans le monde. Environ 2,5 milliards de personnes n'ont pas accès à des services d'assainissement de base, ce qui a un impact négatif sur leur santé, ainsi que sur leur bien-être économique et social.1

Si l'augmentation de la disponibilité des services et des produits de base est un moyen de lutter contre le problème, il est tout aussi important de changer le comportement des gens. C'est en changeant les comportements que nous pourrons garantir des améliorations à long terme de l'assainissement dans le monde.

Avant de pouvoir améliorer les comportements en matière d'assainissement, nous devons d'abord les comprendre. Le cadre SaniFOAM est un cadre conceptuel de changement de comportement utilisé dans les approches de marketing externe et communautaire.1 L'acronyme " FOAM " nous aide à nous concentrer sur quatre éléments clés des comportements d'assainissement qui peuvent informer la conception de programmes efficaces : F pour Focus, O pour Opportunity, A pour Ability et M pour Motivation.

Termes clés

Déterminants comportementaux : Les éléments O, A et F du cadre SaniFOAM sont connus sous le nom de déterminants comportementaux. Ces facteurs déterminent l'adoption d'un comportement. Les trois déterminants choisis pour le cadre de l'assainissement adhèrent à un système de classification couramment utilisé dans les domaines où les organisations tentent d'influencer le comportement des consommateurs.1

(F)ocus : la première étape consiste à déterminer quels types de comportements doivent être modifiés pour améliorer les processus d'assainissement. Une population cible particulière est également identifiée à ce stade afin de s'assurer que les stratégies proposées seront efficaces pour ce groupe.1

(O)pportunité : L'individu a-t-il la possibilité d'adopter le comportement ? Pour répondre à cette question, il faut examiner l'accès, les normes sociales (la personne serait-elle mal considérée si elle se comportait différemment), l'existence ou non de sanctions en cas de comportement, ainsi que la qualité et les caractéristiques du service ou du produit d'assainissement.1

Capacité : L'individu a-t-il la capacité d'adopter différents comportements en matière d'assainissement ? Cet élément est subdivisé en cinq déterminants :

  • Connaissances : Sensibilisation aux services d'assainissement et compétences requises pour pouvoir utiliser les services ou produits d'assainissement.
  • Soutien social : le réconfort physique et émotionnel apporté par la communauté qui aide les individus à adopter de nouveaux comportements.
  • Auto-efficacité : le fait de croire que l'on peut exécuter les comportements les rend plus susceptibles de les adopter.
  • Rôles et décisions : il est important de savoir qui, au sein d'un ménage ou d'une communauté, prend généralement les décisions en matière d'assainissement, afin d'affiner les stratégies axées sur ces personnes.
  • L'accessibilité financière : c'est généralement dans les pays en développement que les services d'assainissement font défaut, ce qui signifie que l'accessibilité financière est un facteur influent sur l'adoption de certains comportements. Le caractère abordable englobe l'argent, le temps et les ressources.1

M(otivation) : de multiples facteurs déterminent si un individu est motivé pour adopter des comportements d'assainissement. Ils peuvent être répartis en six catégories :

  • Attitudes et croyances : ces déterminants sont liés à la perception qu'a un individu des comportements en matière d'assainissement et des services et produits connexes.
  • Valeurs : elles sont liées aux croyances, mais contrairement aux attitudes et aux croyances qui agissent au niveau individuel, les valeurs agissent au niveau collectif. Les communautés ont généralement des valeurs collectives concernant les comportements souhaitables en matière d'assainissement.
  • Facteurs émotionnels, sociaux et physiques : pensées et sentiments internes forts qui motivent le comportement. Par exemple, vous mangez parce qu'un besoin physique vous motive à le faire.
  • Priorités concurrentes : alors que certaines communautés peuvent être ouvertes à l'idée de comportements nouveaux et améliorés en matière d'assainissement, elles peuvent avoir besoin de dépenser l'argent ailleurs.
  • Intention : les gens ont tendance à adopter des comportements s'ils ont l'intention de le faire.
  • Volonté de payer : ce déterminant est lié à des priorités concurrentes et examine combien et pour quoi les individus sont prêts à payer. 1

L'histoire

L'amélioration des comportements en matière d'assainissement dans les pays en développement est une priorité depuis des années. Les approches traditionnelles se concentraient uniquement sur la mise à disposition des ressources appropriées pour tous, mais ces approches étaient inefficaces. Il est apparu clairement que la simple fourniture de services et de produits d'assainissement ne suffisait pas à entraîner un changement significatif des comportements.

En 2008, lors d'un atelier organisé à Durban, en Afrique du Sud, des participants de six organisations de santé et d'hygiène se sont réunis pour développer le cadre de SaniFOAM. Parmi ces organisations figuraient des représentants de l'UNICEF, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, de l'USAID et de l'AED/Hygiene Improvement Project. Les participants se sont inspirés d'un autre cadre conceptuel, PERFORM, utilisé par Population Services International pour guider la recherche sur la relation entre le comportement et la santé3.

Une fois développé, le cadre SaniFOAM a été appliqué dans le cadre du projet mondial de mise à l'échelle de l'assainissement du WSP, dans l'espoir que les nouvelles approches améliorent l'assainissement rural à plus grande échelle. Dans un premier temps, le projet s'est concentré sur les communautés rurales de trois pays : La Tanzanie, dans dix districts différents, l'Indonésie, en particulier l'est de Java, et l'Inde, dans les États du Madhya Pradesh et de l'Himachal Pradesh.1 Le WSP a travaillé en étroite collaboration avec les gouvernements locaux et nationaux, les organisations non gouvernementales et le secteur privé national, et continue de le faire dans un nombre encore plus grand de pays.4

L'objectif de ce cadre est d'aider les individus et les ménages à progresser sur ce que l'on appelle l'échelle de l'assainissement. Il espère faire passer les gens du bas de l'échelle de l'assainissement, qui comprend des comportements tels que la défécation à l'air libre, à l'utilisation de latrines simples, et finalement au sommet de l'échelle où les individus utilisent des toilettes reliées à un système d'égouts.1

Ce cadre a servi de catalyseur à des recherches approfondies, ciblées et utiles sur les comportements en matière d'assainissement, qui ont permis de recueillir des tonnes de données qualitatives et quantitatives sur les déterminants comportementaux qui sous-tendent les comportements en matière d'assainissement. Il a permis d'élaborer de nombreuses stratégies visant à améliorer les comportements en matière d'assainissement dans les pays en développement.

Conséquences

Le cadre SaniFOAM aide les responsables de projets à mieux comprendre et expliquer les comportements des populations cibles en matière d'assainissement. Il fournit une base claire qui décrit comment aborder les comportements en matière d'assainissement, aidant les personnes impliquées dans le projet à cibler leurs interventions et à informer le développement du programme.1

Il s'agit d'un cadre holistique qui reflète le fait que les comportements en matière d'assainissement n'existent pas de manière isolée - ils sont liés à une série de déterminants comportementaux qui sont au cœur de la mise en œuvre du changement. L'utilisation du cadre SaniFOAM nous rapproche d'une couverture sanitaire significative et durable.

Controverses

Le cadre SaniFOAM est utile lors de la planification initiale d'une stratégie visant à aider les communautés à améliorer leurs niveaux d'assainissement. Cependant, considérer le cycle de vie de l'assainissement comme une échelle suggère qu'il existe des étapes distinctes que les individus peuvent franchir, à condition que les déterminants comportementaux soient abordés en premier. Pourtant, le passage d'un stade à l'autre pourrait ne pas être aussi linéaire que le suggère SaniFOAM. Dans un article paru en 2021 dans la revue Water and Health, les auteurs Kopal Khare et Lavanya Suresh suggèrent que le cycle de vie de l'assainissement comporte plusieurs étapes : l'acceptation, la construction, l'utilisation, l'entretien et l'élimination en toute sécurité. Cependant, le cadre de SaniFOAM - tout comme cette approche - comprend que le simple accès aux services d'assainissement ne suffit pas à faire passer les individus d'un échelon à l'autre.5

Études de cas

Utiliser le cadre SaniFOAM comme outil d'analyse

De nombreux chercheurs ont utilisé le cadre SaniFOAM pour analyser quels types de programmes d'assainissement sont efficaces et pour mieux comprendre les causes comportementales qui sous-tendent les pratiques d'assainissement. Le WSP a mené une étude qui a examiné les rapports de recherche qualitative entre 2006 et 2012 du Cambodge, de l'Inde, de l'Indonésie, du Kenya, du Malawi, du Pérou, de la Tanzanie et de l'Ouganda afin d'explorer comment les données des entretiens, des discussions de groupe et des questionnaires pouvaient être divisées dans le cadre de SaniFOAM. En tant que tel, il a cherché à créer un classement thématique et une interprétation pour identifier les facteurs qui influencent positivement ou négativement les comportements sanitaires.6

Ils ont constaté que les principaux obstacles à l'adoption de comportements sains en matière d'assainissement étaient l'accès aux latrines (par exemple, les agriculteurs vont souvent dans un champ ouvert car ils n'ont pas accès à des latrines à proximité), le fonctionnement des latrines (étant donné que ces services d'assainissement sont étrangers à certaines communautés rurales, on a souvent constaté qu'elles étaient cassées d'une manière ou d'une autre), la perception de l'accès à l'approvisionnement (les matériaux requis pour les latrines améliorées sont considérés comme coûteux et difficiles à obtenir) et la perception négative des attributs du produit. En outre, les normes sociales courantes dans ces communautés perçoivent la défécation à l'air libre comme "naturelle" et "pratiquée depuis des générations", ce qui les incite à maintenir ce comportement.6

En ce qui concerne la disponibilité, la première catégorie examinée était celle des compétences et de l'efficacité personnelle. L'analyse a révélé que les membres des communautés rurales sont relativement confiants dans leur capacité à construire des latrines de base, mais moins confiants dans leur capacité à construire des latrines améliorées. Les latrines sont également considérées comme coûteuses à construire - ces perceptions ne sont pas nécessairement exactes car souvent, les personnes qui ne connaissent pas les latrines ne savent pas qu'il existe des options de latrines abordables.6

En ce qui concerne la motivation, l'analyse a révélé que certains des facteurs émotionnels, sociaux et physiques qui motivent les gens à utiliser des services d'assainissement plus sains comprennent le désir de confort, d'avoir plus d'intimité, d'éviter la gêne et le désir d'avoir un statut social associé à la possession d'une latrine privée. En ce qui concerne les priorités concurrentes, les personnes ont déclaré que d'autres dépenses familiales telles que les frais de scolarité, la nourriture, le transport et les soins de santé étaient plus prioritaires que les services d'assainissement. Les gens préfèrent dépenser leur argent ailleurs, d'autant plus que les latrines ne sont pas considérées comme un bon investissement économique.6

L'analyse de divers projets sur les comportements en matière d'assainissement montre que l'accès à des services d'assainissement améliorés ne suffit pas à modifier les comportements en matière d'assainissement. Il existe plusieurs facteurs sociaux, économiques et culturels qui sont à l'origine des actions des individus et qu'il convient de cibler.

Promouvoir l'assainissement public et l'égalité des sexes en tirant parti des connaissances comportementales

En tant qu'organisation qui se consacre à la découverte des facteurs qui sous-tendent le comportement humain, nous avons également mené des recherches sur les comportements en matière d'assainissement. Aerson, une organisation canadienne à but non lucratif, et le gouvernement du Népal nous ont demandé d'exploiter les connaissances comportementales pour promouvoir de meilleures pratiques en matière d'assainissement.

Nous avons constaté que les hommes utilisent les toilettes publiques sept fois plus souvent que les femmes au Népal. Cela peut s'expliquer en partie par la stigmatisation sociale qui entoure la menstruation. Les femmes se sentent mal à l'aise ou gênées d'utiliser les toilettes publiques pendant leurs règles, tandis que d'autres les évitent parce que certaines communautés interdisent aux femmes d'utiliser les sources d'eau pendant leurs menstruations. Les campagnes devraient se concentrer sur ces normes culturelles et sociales pour que le Népal garantisse l'égalité des sexes dans les pratiques d'assainissement public.

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Sources d'information

  1. Coombes, Y. et Devine, J. (2010). Présentation de FOAM. Introducing SaniFOAM:A Framework to Analyze Sanitation Behaviors to Design Effective Sanitation Programs (Présentation de SaniFOAM : un cadre d'analyse des comportements en matière d'assainissement pour concevoir des programmes d'assainissement efficaces). https://doi.org/10.1596/27924
  2. Programme pour l'eau et l'assainissement. (2018). SaniFOAM : Un cadre pour concevoir des programmes d'assainissement efficaces. https://www.wsp.org/featuresevents/features/sanifoam-framework-design-effective-sanitation-programs
  3. Chapman, S. et Patel, D. (2004). Cadre de changement de comportement de l'ISP "Bulles" : Proposed Revision PSI Research Division. Population Services International Research Division. https://media.psi.org/wp-content/uploads/2020/02/31011822/PSI-Behavior-Change-Framework-Concept-Paper-June-2004.pdf
  4. Développer l'assainissement en milieu rural. (2018). Programme pour l'eau et l'assainissement. https://www.wsp.org/global-initiatives/global-scaling-sanitation-project
  5. Khare, K. et Suresh, L. (2021). Justice et bien-être sanitaire : An analysis of frameworks in the context of slippage, based on findings from Shravasti, Uttar Pradesh, India. Journal of Water and Health, 19(5), 823-835. https://doi.org/10.2166/wh.2021.094
  6. O'Connel, K. (2014). Qu'est-ce qui influence la défécation en plein air et la possession de latrines dans les ménages ruraux ? Findings from a Global Review. Scaling Up Rural Sanitation. https://www.communityledtotalsanitation.org/sites/communityledtotalsanitation.org/files/media/WSP_What_influences_ODandLatrine_Ownership.pdf

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